Man

Butchy

Publié il y a 3 mois

Ombre et lumière.

Voici mon histoire, puisse t’elle vous être utile...

Ombre et lumière...

Il était une fois...

Lorsque j’étais enfant j’étais convaincu que les adultes nous cachaient un grand secret et qu’il nous serait révélé une fois devenu grand à notre tour tant je sentai que quelque chose n’était pas à sa place.
Je me sentais décalé, pas en phase avec la plupart de mes camarades et déjà avec des questions plein la tête. La nuit venue l’ébullition de mon esprit ne s’arrêtait pas pour autant et mes inquiétudes côtoyaient mes rêveries et se liguaient pour me faire veiller tard dans la nuit soirs après soirs...

J’ai grandi... et... pas de révélation... du moins pas tout de suite...

De bougie vacillante à habit de lumière... artificielle...

Longtemps j’ai mené ma vie sans avoir à trop me poser de questions sur ma condition tout en me tenant d’instinct aussi éloigné que possible de mes démons. Toujours décalé avec une piètre image de moi-même mon besoin d’assouvir mes dévorantes passions me permettait d’alimenter mon esprit en défis à la mesure de son insatiable appétit et m’évitait de trop me questionner sur moi-même.
Ces passions dévorantes m’ont poussées sans même m’en rendre compte à sortir progressivement de mon isolement en m’obligeant à aller vers les autres et apprendre à m’ouvrir à eux. Moi qui était convaincu plus jeune de finir seul et sans enfants je me suis retrouvé marié et père à 30 ans.

Sans en avoir conscience, avec le temps je me suis confectionné et j’ai revêtu un beau costume.
C’était un costume fait de professionnalisme, de fiabilité, de perfectionnisme, d’assurance, de pugnacité, de confiance en moi et d’image de bout en train avec qui on déconne à chaque occasion.
Cette sensibilité exacerbée que je tentais de cacher tant bien que mal sous ce costume me donnait paradoxalement aussi du succès. Du succès parce que je savais m’adapter d’instinct à mes interlocuteurs et que je parvenais à communiquer de manière authentique avec pratiquement tout le monde.
Du succès parce que sans savoir comment, je pouvais anticiper les difficultés à venir bien avant tout le monde et bien avant qu’elles ne se présentent. Du succès parce qu’intuitivement je savais déceler les intentions que certains tentaient de me cacher derrière leurs mots.
Mais à cette époque tout cela était pour l’essentiel inconscient pour moi.

L’ombre après la lumière...

Mais alors le tableau est idyllique me direz-vous? Et bien non...
Pas du tout même, car dans l’arrière boutique de ce tailleur à succès qui m’habille, je m’épuise année après année durant environ 15 ans...

Le doute et la certitude de ne pas être à la hauteur m’habitent en permanence, le jour comme la nuit mais sont aussi pendant des années les moteurs qui alimentent ma force de travail. Je vis continuellement avec le sentiment qu’il y a erreur sur la personne. Malheureusement, dire ce n’est pas pour moi, reconnaitre mes limites, accepter d’admettre que la seule idée de pouvoir éventuellement échouer me tétanise sont inenvisageable pour moi à cette époque.
Je doute de tout et tout le temps mais je continue à donner le change pendant toutes ces années.
Je suis à ce moment convaincu que mes succès ne sont dû qu’à la chance et je me focalise sur des détails négatifs qui ne sont pas à la hauteur de mes exigences, cela même si je suis seul à les percevoir.
Mais non voyons tu rêves, mais qu’est que tu racontes c’est nickel... Et bien pas pour moi, il s’agit certainement de gentillesse ou de pitié! Eux aussi doivent bien voir que ce n’est que de la m...e. Les félicitations ou les encouragements occasionnels reçus pour mon travail ne me touche pas ni ne me soulage car au fond de moi je suis convaincu de ne pas les mériter.
Moi qui considérait l’authenticité comme une de mes valeurs centrale me retrouve avec un sentiment persistant de n’être qu’un imposteur. Mon estime de moi-même est au niveau zéro et si l’on me témoigne de l’amitié je la prends comme étant de la pitié.

La nuit noir...

Vous l’avez certainement compris le chemin vers le burnout était tout tracé. Il n’y avait plus d’issues possibles. Et pourtant...

38 ans, à une semaine de mes vacances d’été je suis au bout du rouleau. Je refuse de voir mon médecin mais je prends peur. Parmi une liste impressionnante de symptômes physiques et psychiques s’ajoute un jour des palpitations cardiaques, l’impression que mon coeur veut quitter ma cage thoracique et là, cette fois je flippe vraiment.
Je prend rendez-vous avec mon médecin de famille et je sais aujourd’hui que quelque part au fond de moi c’était avec l’espoir qu’il m’arrête.
Mais ça ne s’est pas passé ainsi... Vraiment pas...
Génie ou assassin en puissance, je me demande toujours!!!
Une fois le coeur mis hors de cause et le stress chronique mis en évidence ce cher médecin me propose des bêtabloquants...
Il m’explique gentiment qu’ avec cela je ne ressentirai plus du tout les effets du stress et qu’ainsi je pourrai reprendre le travail mieux qu’avant!!!
Qu’auriez vous fait?
Heureusement il me restait encore un peu de lucidité et j’ai compris ce jour là que si je partais dans cette voie je signais potentiellement mon arrêt de mort. Je savais que je n’aurai jamais les ressources pour m’arrêter de moi-même avant qu’il soit trop tard et qu’il n’y avait probablement pas de chemin de retour possible...
Mais cela à aussi agi comme un électrochoc et qu’il était temps et de ma seule responsabilité de changer quelque chose à ma vie...

L’aube après une nuit d’orage...

Suite à ce difficile passage j’ai compris que je devais me reconnecter à moi-même et écouter mes propres besoins et désirs, mais surtout, à ne plus m’infliger ce que je n’aurai jamais oser exiger de quiconque dans ce monde.
A partir de ce jour là j’ai fais mon travail, point barre. Pas plus, pas moins et j’ai scrupuleusement respecté les lois et règles internes sur la durée du travail. J’ai également quitté les comités dont je faisais partie et appris à refuser les engagements pour lesquels tout le monde voyait en moi la personne idéale mais surtout sans jamais vraiment me demander mon avis...
En bref je me suis recentré sur moi-même. J’ai appris à devenir un égoïste et ce n’a pas été si évident.
Cela m’a permis progressivement avec l’aide d’un collègue étant passé par là et que je sais aujourd’hui être un hypersensible de me reconnecter et à avoir le sentiment d’être à nouveau en accord avec moi-même. Cette période à duré 3 ans, 3 ans ou je suis passé pour ma hiérarchie de personne exemplaire à une personne compliquée, tatillonne, qui remet le système en cause. Les conflits étaient journaliers et j’étais devenu pour certains l’homme à abattre. Heureusement mon hypersensibilité me donnait toujours une longueur d’avance sur eux et malgré tout ça mes prestations restaient de haut niveau. Je défendais ce qui me paraissait être juste et était en accord avec mes valeurs mais ce climat et surtout les situations conflictuelles que bien entendu j’ execre m’épuisaient. J’allais de coup de colères noir en crises de larmes dès que j’étais seul. Cela a eu raison de mon plaisir à faire se travail que j’aimais tant et que je faisais à la perfection, et après 21 ans de maison je suis parti.

Ce départ été possible car j’ai eu la chance de décrocher le job de mes rêves comme formateur d’adultes. J’avais depuis plus de quinze ans l’intuition que j’étais fait pour ça.
Tout allait pour le mieux dans ma vie et dans mon nouveau job et même si je restais hyper réactifs aux facteurs de stress, pour moi la boucle était bouclée. J’étais redevenu celui que j’aurai toujours dû être, avec mes particularités et ce mental envahissant mais avec le sentiment d’être en accord avec moi même et à nouveau avec la possibilité d’être authentique.
Mais il faut bien l’avouer, en dehors du piège lié à ce besoin de reconnaissance qui m’a poussé pratiquement au burn out et bien que j’ai pensé avoir compris beaucoup de chose sur mon fonctionnement, j’étais encore très loin du compte.
Je n’avais pas encore compris qu’elle était ma nature profonde.

Baigné de soleil pour la première fois...

Dans le cadre de ma formation de formateur je suis un cours de 15 jours répartis sur 5 mois et j’y rencontre des gens avec qui le courant passe pratiquement instantanément et ou je me sens très vite la liberté d’être moi-même sans censure. C’est totalement nouveau pour moi et c’est extrêmement fort comme expérience. La richesse des échanges me nourrit et m’exaltes à un point. Je n’avais jamais connu ça avant. J’attends à chaque fois avec impatience le module suivant et la séparation est à chaque fois de plus en plus difficile. C’en est arrivé au point d’avoir la sensation d’être amputé d’une partie de moi lorsque l’on se séparait en fin de module. Je ne le savais pas encore mais bcp de mes camarades était fait tout simplement du même bois que moi.
Notre formatrice, une psychologue, nous demande de tenir un journal d’apprentissage, il s’agit d’y résumer avec nos mots les points marquants vécus lors des différents modules. Ce sera l’occasion pour moi de commencer à m’observer et à réfléchir sur mon fonctionnement. J’y fais très vite des découvertes sur moi et les questionnements fusent à toutes vitesse dans mon esprit, mais qu’est-ce qu’il m’arrive?
Très vite nous nous sommes liés d’amitié, trois participantes et moi même.
Dans une sitcom à l’américaine j’aurais certainement eu le rôle de l’ami gay de ces dames :-D mais ce n’était pas bien grave. Par la suite lorsque je les évoquais c’était en les désignants comme « mes fées » et pour cause. La richesse la profondeur et l’authenticité de nos échanges, l’amitié et même l’amour sans aucune ambiguïté qui ont circulé entre nous mais surtout qui m’ont été manifestés m’ont complètement boulversé.
Pour la première fois de ma vie j’avais la certitude du plus profond de mes tripes d’être digne d’être aimé pour ce que j’étais vraiment et que j’étais digne de m’aimer moi-même. Pour la première pour moi fois les témoignages d’amitiés qui pouvaient m’être offerts étaient pris pour ce qu’ils étaient et non pour de la pitié. C’était totalement bouleversant.

Retour des orages...

Le cours fini par prendre fin, la vie courante reprend ses droits, les liens se distendent tout doucement...
Tout excité et heureux de ce que je découvre sur moi je tente de le partager avec mon épouse (normopensante), et ça ne se passe pas très bien, de mon point de vue du moins. Je me sens incompris, les mots employés me blessent, je me sens nié dans tout ce que je suis. Je retourne immédiatement m’emmurer vivant dans ma carapace et très vite il s’ensuit un sentiment de vide et une solitude abyssale chez moi. Je tente encore une fois de partager maladroitement ce que je ressens mais sans le succès que j’en espèrais. Ce sentiment de solitude est de vide est tellement fort qu’il me semble le ressentir sous forme de douleur physique dans chaque cellule de mon corps. Je suis à ce stade complètement désemparé et désespéré et finalement les tentatives de mon épouse pour me rassurer n’y font rien du tout, au contraire même. Mon cerveau et tous mes sens sont en ébullitions, j’essaie de comprendre mais rien à faire, je ne comprend pas l’origine d’une telle tempête... Il me manque encore trop d’éléments pour comprendre.

Suite à cela je tente de trouver de mauvaises réponses à de mauvaises questions sur le net et me retrouve un peu par hasard à échanger longuement avec une personne avec qui le courant passe vraiment bien et ou une relation de confiance s’instaure.
Au fil des échanges avec cette personne et du temps passé à m’observer moi-même dans mes réactions, mes ressentis, parfois dans mes coups de sang, je me vois encore écrire que
« je vis les choses comme si je ressentais toutes mes sensations et toutes mes émotions à la puissance 1000 par rapport aux personnes normales et que ce n’est pas un cadeau »
et également que
« je suis continuellement dans l’analyse des choses et des mots et le lâché prise m’est pratiquement impossible»
une autre fois encore je me compare à un « Bisounours dans un monde qui n’est pas le sien »
Elle de son côté dis de moi que 
« je suis quelqu’un de vraiment gentil et bienveillant » mais aussi de « totalement à fleur de peau ».

Voilà, j’avais donc tout en main mais je ne savais pas que je savais et surtout jusqu’il y a 15 jours je n’avais jamais entendu le terme hypersensible et n’aurait de toute manière eu aucune idée de ce qui se cachait derrière.

La révélation:

Ma fille également hypersensible et connue comme telle avant moi à rencontrer une thérapeute susceptible de l’aider à apprendre à gérer et à vivre en harmonie avec son hypersensibilité.
Cette thérapeute à rapidement demandé à me rencontrer et après quelques dizaines de secondes me demande ainsi « mais, est-ce que vous savez au moins que vous êtes également un hypersensible? » Je ne savais même pas ce que cela pouvait bien signifier malgré mon parcours...

Epilogue:

Depuis cette révélation j’ai eu le temps de beaucoup lire et tout ces ouvrages mon presque donné le sentiment d’être des autobiographies. De part le travail d’introspection que j’avais déjà effectué sur moi même il a été extrêmement simple et évident d’admettre les faits et de relier les éléments avec mon parcours, mon histoire et ce que je suis.

Bonjour, je me présente à vous, je suis « Butchy » 44 ans, je suis hypersensible et finalement... heureux de l’être.


Petite réflexion pour conclure.

Je suis convaincu que les choses ne se révèlent à nous que lorsque l’on est prêt à les recevoir mais je considère qu’on a certainement une responsabilité vis-à-vis de ceux qui sont comme nous et qui ne le savent pas.

C’est un grand cadeau qui nous est fait mais ne dit on pas que c’est la dose qui fait le poison?

Aussi, n’ayons pas honte de ce que l’on est, ne nous en cachons pas et soyons nous même et ainsi nos expériences heureuses ou malheureuses ne seront pas vaines mais aiderons ceux qui viendront derrière nous à trouver leur propre chemin.

J’en profite pour remercier du fin fond de mon coeur toutes celles et ceux qui ont contribué à me permettre de savoir enfin qui j’étais.

Pour conclure j’aimerai partager avec vous cette devise que m’a appris une amie qui m’est chère et que depuis j’ai fait mienne...

Esse quam videri / Être plutôt que paraitre.