Anonymous

Anonyme

Publié il y a plus de 5 ans

Témoignage d'une femme 30 ans

Il me faut une dose de courage non négligeable pour oser exprimer mon
expérience et partager ces lignes. L’estime de soi faible du HP-HS n’est
pas anodine à cette pudeur.
La thématique de l’hypersensibilité a besoin de balises, de
compréhension et d’aménagements pour que les concernés cessent de perdre
du temps à côté de leur vie à vouloir se conformer à une soi-disant
norme imposée. Effectivement, les enfants ont le droit d’être différents
et uniques … mais lorsqu’on est adulte, on est censé devenir
« normal » ? Cela ne fonctionne pas comme ça.
Il n’y a, certes, pas de mode d’emploi ou de chemin tracé vers la
connaissance de soi, mais j’imagine que c’est quand même plus compliqué
quand l’environnement nous semble toujours décalé (ou vice-versa car
avant, c’était moi la décalée, pas ce qui était autour). Et je ne peux
m’empêcher d’avoir un léger regret d’avoir vécu mon adolescence et le
début de ma jeunesse dans les mauvaises baskets, à sans cesse avoir
peur, à me dévaloriser ou me remettre en question, me qualifiant de
bizarre, à appréhender les regards et les remarques. Je viens de fêter
mes 30 ans et il y a des choses que j’aurais aimé savoir avant. J’aurais
aimé qu’on m’aide à me connaître moi pour savourer et communiquer
différemment ou prendre des décisions qui me concernaient. Alors si nos
petits pas peuvent servir …
Je vais essayer d’être claire … Donc en bref …
Ma sensibilité (et le manque d’armes à 18 ans !) m’a fait vivre un
cauchemar en apprentissage, où le patron a abusé de son pseudo pouvoir
pour me rabaisser, dénigrer mon travail (malgré des notes excellentes)
et me harceler psychologiquement. J’ai terminé avec des troubles
alimentaires atypiques qui m’ont poursuivie de longues années,
ternissant ma vie sociale, revenant par vagues plus ou moins violentes
selon les périodes, selon les doutes et les peurs (je ne me sens
d’ailleurs toujours pas guérie). En dépit de tous les conséquences,
c’est pourtant probablement ces signaux du corps qui m’ont aidée à
entendre le message que quelque chose de plus profond ne jouait pas.
Plusieurs phases de dépression ponctuent ma vie jusqu’à présent, la
première vers 16 ans (il se peut selon les récits de mes parents qu’il y
en ait eu une avant, mais les signes étaient probablement différents et
je ne m’en souviens pas). De manière cyclique, des mois heureux puis le
fond. Des causes (probables, comme je l’interprète) sont le rapport à la
vie à la mort, à la futilité des éléments, la petitesse de certaines
gens (manque ou absence de responsabilisation, arrogance, méchanceté,
agressivité, je ne supporte pas entendre deux personnes s’engueuler) ou
encore la quête de sens (pourquoi ça, pourquoi moi ici maintenant
comment quel but). Une autre cause est le rapport constant au monde de
l’infiniment petit à l’infiniment grand. Lorsque je vis une situation,
je saisis les détails et tente de remonter à leur source. C’est amplifié
lorsque je suis en interaction avec une ou des personnes. Je perçois ce
qu’on me dit, ce qu’on pourrait dire, simultanément, je me demande
pourquoi on me dit ça à ce moment, le pour, le contre, quel est l’impact
de cet échange, ce qui se passe autour, quelle est ma posture, quel
message je donne par mon attitude ... Etc. … et en même temps, j’essaie
de pondre une réponse compréhensible, qui souvent n’est pas très
ordonnée ou claire parce que je me suis éloignée du sujet de base. Alors
des fois, je me tais et j’écoute.
Source d’angoisses (personne n’aura de réponses pour moi), de doutes
(jusqu’où ça va aller) et d’insomnies aussi, l’acuité des sens est
quelque chose de merveilleux, elle est un cadeau. On est juste un peu
beaucoup seul c’est vrai. J’essaie maintenant d’organiser mon cerveau,
de « classer » les informations (utile, à analyser plus tard,
polluant,…), de les reprendre ensuite et ça fonctionne de mieux en mieux
il me semble. J’ai simplement besoin de calme et de beaucoup de temps
pour moi. Je suis un peu perçue comme une sauvage mais je m’en fiche pas
mal. Je remarque dans le regard des gens lorsque j’ai un comportement
qui ne « convient » pas, ou ne plaît pas. J’essaie le plus souvent
d’exprimer la raison de mon agissement (rassurer l’autre surtout ?!),
sans tomber dans la justification permanente. Finalement, ceux qui me
côtoient régulièrement me connaissent, et ceux qui m’apprécient me
comprennent. Ils savent qu’il n’y a absolument rien de malintentionné.
Concernant l’empathie, je vis souvent la situation de l’autre, j’arrive
à voir avec ses yeux, à ressentir ce qu’il ressent. Avec l’entraînement
(ou le besoin de penser à moi), j’ai réussi à apprendre à me détacher
gentiment. Ce n’est pas gagné, mais je n’en souffre plus autant. J’ai
décidé que je ne méritais plus de prendre la douleur des autres sur moi,
c’est une question d’attribution de valeur, d’attention.
L’hyperactivité est le maître mot de ma personnalité, je suis incapable
de rester longtemps assise ou concentrée sur une même tâche. Sur un
projet oui, mais il faut qu’il soit vaste et qu’il y ait 30 tâches avec
lesquelles jongler, sinon je m’ennuie. De plus, il est quasi impossible
de me forcer ou de m’imposer quelque chose.
Il y a un gros travail d’affirmation de soi derrière ma posture
actuelle. Je n’en suis qu’au début mais s’il y a quelque chose
d’encourageant, c’est d’essayer de tourner ces particularités HS en
points forts et de voir une amélioration dans son bien-être. De prendre
conscience de ces particularités et les exploiter comme des alliées.
Car, il est fort possible (pour ne pas dire certain) que notre manière
de voir les choses définit notre réalité. Le prochain pas est d’essayer
de donner un sens profond à la vie. Car avoir des loisirs, des relations
ou fonder une famille ne suffisent pas à combler cette absence.